Aristote et l’originalité artistique

Francis Tremblay

« C’est [au poètequ’il revient de trouver comment faire bon usage des histoires transmises par la tradition ».

L’apport d’Aristote dans la réflexion sur l’art est déjà bien mesuré, de son opposition à la mimesis platonicienne à l’autonomisation de l’« art du vers ». Nous nous intéresserons ici à l’espace qu’Aristote ménage, dans sa redéfinition du statut de l’esthétique, à l’originalité du poète. Par quels moyens l’originalité est-elle devenue un critère artistique, notamment dans une société où, historiquement, l’art était intimement lié à l’expression religieuse et à l’ordre civique? Pourquoi et comment l’art poétique change-t-il alors de fonction? C’est par une analyse de la notion de mythos (récit) que nous aborderons cette question. Trouve-t-on vraiment, cependant, les prémisses de ce changement de paradigme chez Aristote ou sommes-nous trop pressés d’y appliquer nos critères contemporains, voulant nous-même trouver l’« originalité » d’Aristote? À travers une réflexion philosophique, doublée d’une recherche historique, nous développerons donc ici le problème de l’originalité poétique dans l’oeuvre d’Aristote.