Décadence et démocratie: première tape d’une réflexion sur le dandysme en France

Jean-Christophe Nadeau

Baudelaire écrivait dans Le Peintre de la vie moderne que « le dandysme apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n’est pas encore toute puissante, où l’aristocratie n’est que partiellement chancelante et avilie. » Si nous donnons raison au poète nous devons comprendre en quoi un moment charnière comme la chute de l’ancien régime est une condition de possibilité du dandysme.

Pour ma part, c’est à partir de la conclusion de La Démocratie en Amérique de Tocqueville, où ce dernier associe médiocrité et décadence, que j’élaborerai ma réflexion sur la particularité du « moment 1800 ». Son diagnostic est sans équivoque : avec l’avènement de l’égalisation des conditions, il faut faire face à la réalité, c’est-à-dire à la fin de la grandeur. Alors que sous les aspects moraux et politiques se met en place une uniformisation, les enfants de ce siècle entraperçoivent l’inévitable décadence démocratique : la médiocrité généralisée . De cette forme particulière du mal-être, naîtra la nécessité d’être quelqu’un à tout prix. L’avis de Tocqueville est clair : c’est l’orgueil – et non l’humilité – qui aidera ses contemporains à tenir le coup dans les décadences. Toute la question sera donc de se demander quel genre d’orgueil saura, en quelque sorte, les supporter dans le déclin. Cette entreprise permettra de comprendre en quoi « le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences. »

Références:

Baudelaire, Charles. « Le Dandy ». Dans Oeuvres Complètes. Bouquins. Paris: Robert Laffont, 1980.

Tocqueville, Alexis de. « De la démocratie en Amérique ». Dans Oeuvres. Bouquins. Paris: Robert Laffont, 1986.