La banalité du mal rompt-elle avec le mal radical?

Kenneth Ng et Adriana Conrado

Les évènements sombres de la 2ème Guerre Mondiale qui ont mené vers les atrocités de la Shoah ont bouleversé à tout jamais notre vision de la philosophie morale. En outre, elle considérera l’homme comme étant entièrement responsable de lui-même en évacuant Dieu. Dès lors, les crimes monstrueux perpétrés contre le peuple juif se retournent sur l’humanité en générale sous forme de questionnements : l’homme est-il mauvais par nature ? L’homme détient-il l’accès à un mal «radical» ?

La théorie morale, qui a certainement fait du bruit, est la «banalité du mal» de Hannah Arendt; effectivement, lors du procès à Jérusalem, Arendt accuse les juges d’avoir considéré les hauts fonctionnaires nazis, par exemple Eichmann, comme des êtres sataniques : selon eux, ils seraient l’incarnation en chair et en os du mal. De ce fait, on l’oppose souvent à la notion du mal «radical» de Kant. D’où la problématique de cette conférence : Hannah Arendt s’oppose-t-elle véritablement, par sa conception de la «banalité du mal», à l’éthique de Kant ? Ou autrement dit, la banalité du mal rompt-elle avec le mal radical ?

Afin de traiter cette problématique, il faut passer à travers les notions qui constituent le cœur de la théorie morale kantienne : l’homme n’est ni absolument bon ni carrément mauvais par nature, plutôt il a des dispositions au bien et des penchants au mal. À la lumière de ces concepts, le «mal radical» chez Kant prendra son plein sens. Il semblera alors qu’on met à conflit à tort le «mal radical» de Kant et la «banalité du mal» d’Arendt : aucun des deux penseurs envisagent un être diabolique chez l’homme; en réalité, la perversité du cœur humain est beaucoup plus banale. D’une manière, Arendt est kantienne. Le but de cette contribution est alors de mettre en évidence le rapprochement de la «banalité du mal», exposée à travers le fameux procès d’Eichmann, et la morale kantienne, essentiellement contenue dans les premiers chapitres de La Religion dans les limites de la simple raison.

 

Bibliographie:

Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem: rapport sur la banalité du mal, Gallimard, 1972.

Emmanuel Kant, La Religion dans les limites de la Raison, Félix Alcan, Paris, 1913.