Le dilemme darwinien pour le réalisme moral de Sharon Street

Guillaume Soucy 

L’article de Sharon Street A Darwinian Dilemma for Realist Thoeries of Value[1] aura fait couler beaucoup d’encre depuis sa parution en 2006. La philosophe y avance l’idée, en quelques sortes, que quiconque voudrait être réellement cohérent avec notre compréhension darwinienne du monde devrait en venir à accepter une vision anti-réaliste de la moralité. Selon l’auteur, le fait bien reconnu aujourd’hui par la psychologie morale que le contenu des nos jugements évaluatifs ait été grandement influencé par les forces de la sélection naturelle peut difficilement s’accommoder de la postulation de l’existence de vérités évaluatives indépendantes. Face à ce fait, les défenseurs du réalisme moral se retrouveraient face à un dilemme ne pouvant être résolu qu’au prix de l’adoption de positions indéfendables ou alors fatidiques pour leurs théories: soit dans un premier temps nier une relation entre les forces darwiniennes sur l’évolution de nos attitudes évaluatives et les vérités morales indépendantes, ce qui mènerait à des conclusions sceptiques quant à la validité de nos jugements évaluatifs en général; soit dans un deuxième temps affirmer qu’il y ait une relation entre l’influence de la sélection naturelle et les vérités morales indépendantes, sans toutefois pouvoir offrir une explication satisfaisante de la nature de cette relation d’un point de vue scientifique. L’idée comporte son lot de détracteurs, Street reconnaissant elle-même que son argument peut être vulnérable à certaines critiques naturalistes.

[1] Sharon Street (2006), A darwinian dilemma for realist theories of value, Philosophical Studies, 27, pp.109-166.