L’événement est-il encore possible?

Jean-Sébastien Hardy

Ce qui distingue traditionnellement l’événement des simples faits, effets et occurrences est son caractère inattendu et excessif. La philosophie française contemporaine, notamment Levinas et Marion, au paragraphe 17 d’Étant donné, conçoit ainsi l’événement comme un phénomène échappant à toute anticipation et libéré de toute condition. Or, ainsi compris, un événement est-il seulement possible?

Plus spécifiquement, pour autant que les événements historiques se produisent sans qu’on en soit témoin et qu’en conséquence la médiatisation est un caractère essentiel des phénomènes globaux, un événement est-il encore possible? En nous rapportant à certains théoriciens des médias (McLuhan, Baudrillard dans son célèbre article sur «L’esprit du terrorisme», etc.), nous pouvons croire en effet que les médias compromettent désormais la possibilité même de tout événement, non parce qu’ils les récupéreraient « après le fait », mais bien parce qu’ils instituent une anticipation généralisée de tout phénomène et ne les laissent pas se produire. La conception classique de l’événement paraît alors idéaliste et désuète.

Si l’histoire ne connaîtra plus jamais d’événement, mais ne verra s’enligner que des faits, quel sens peut encore avoir l’action?