Schopenhauer et sa critique de la philosophie universitaire : présentation du livre Au-Delà de la Philosophie Universitaire.

Sylvain Tardif 

Dans ma présentation, je vais m’efforcer de représenter le plus fidèlement possible la pensée de Schopenhauer et plus précisément celle qu’il expose dans son livre Contre la philosophie universitaire publié en 1851. Dans cet essai, Schopenhauer dénonce la prétention philosophique de l’université. D’abord, on voit tout au long de l’œuvre une valorisation de la philosophie ancienne qui était vue comme étant un art privé et non public. Schopenhauer s’inspire de l’idéal d’autarcie chez les Grecs. Il est donc en opposition avec le fait d’être un salarié de l’État. On prostitue son savoir si on agit ainsi et Schopenhauer voit une distinction entre quelqu’un qui vit pour la philosophie et de la philosophie. Selon lui, philosopher est une tâche spéciale et il n’est pas légitime de l’utiliser pour subsister et si l’on agit ainsi, on ressemble aux sophistes de l’Antiquité grecque. Ensuite, Schopenhauer croit qu’on serait plus stimulé par la lecture de livres de philosophie que par un professeur. Le livre permet une plus grande compréhension d’un auteur et est donc plus importante que l’écoute d’un professeur expliquant la pensée d’un auteur qui bien souvent ne la retranscrit pas fidèlement. Une autre chose que Schopenhauer reproche à la philosophie universitaire est le manque de liberté d’opinion. En effet, il y a un problème de censure à cette époque, car le gouvernement ne permettait pas qu’il y ait des gens qui contredisent la religion de l’État à l’université comme ce fut le cas avec Fichte qui perdit son poste à la suite d’une accusation d’athéisme. Schopenhauer va plus loin en affirmant que tant que l’Église subsistera, la philosophie ne pourra pas s’émanciper de la religion du pays et que l’État n’est pas soucieux de la vérité, tout comme le professeur salarié de l’État qui est présenté comme étant un habile sophiste donnant des leçons d’éloquence. Pour Schopenhauer c’est hors de l’université que l’on parvient à trouver connaissance et vérité. Il était aussi très critique de ses contemporains. Il croit qu’avec Kant, on retombe dans une autre forme de servilité face à l’État et à la théologie. Il perçoit Schelling et Hegel comme deux charlatans, ayant la prétention d’être au-delà des mots, et assoiffés de célébrité et de reconnaissance. Pour terminer, il est pertinent de s’interroger à savoir si sa critique de l’État débouche sur l’anarchisme. La réponse est bien entendu non, car Schopenhauer se contente de dénoncer l’asservissement de la philosophie à l’État pour préserver son indépendance et non par engagement politique. Il croit que la Nature est aristocratique et la représente comme une pyramide avec un sommet aigu. Schopenhauer est donc un philosophe très élitiste et croit que la philosophie se doit d’être exclusive. Il est très loin d’être un auteur anarchiste et n’est pas du tout égalitariste.

 

Source : Schopenhauer, Contre la philosophie universitaire, Paris, Rivages poche/Petite Bibliothèque, 1994. 161 p.