Aurions-nous une obligation morale de soutenir l’exploration spatiale ?

Gabriel Dubé

Dimanche, UdeM – 12h à 12h30

En Éthique de l’environnement, on accepte généralement une certaine obligation morale de préserver ou conserver la vie, que ce soit parce que l’existence du vivant a une utilité concrète, ou bien parce qu’elle a une valeur intrinsèque. Or, peu de travaux regardent au-delà des enjeux environnementaux locaux ou planétaires qui sont prioritaires dans l’immédiat ou à court terme, étant donné la crise environnementale actuelle. On prend rarement en compte le fait que l’environnement planétaire n’est pas un système fermé; et que des catastrophes naturelles extra-planétaires comme des impacts d’astéroïdes ou bien le « solar burnout » entrent aussi en jeu et peuvent à long terme mettre en danger l’existence de la vie, ou même en garantir l’extinction totale si rien n’est fait pour la conserver.

Dans cette présentation, nous aborderons notamment le contraste entre le conservationnisme et le préservationnisme en Éthique de l’environnement, et comment certaines approches ne prennent pas suffisamment en compte l’existence de menaces naturelles extra-planétaires à long terme dans la formulation de leurs thèses.

Même si l’humanité peut se permettre le préservationnisme pour encore « quelque temps », l’expansion du soleil en géante rouge va inévitablement rendre la Terre absolument inhabitable dans quelques milliards d’années. Alors, à l’échelle temporelle évolutive, il sera éventuellement nécessaire d’adopter une approche conservationniste si on pense réellement que l’existence de la vie a une valeur intrinsèque. Dans cette perspective, il est difficilement justifiable de croire que l’humanité n’a pas d’obligation d’être apte à intervenir pour prévenir ou pallier des processus naturels tels que les catastrophes écologiques d’origine extra-planétaire. Le passage d’une perspective planétaire à une perspective extra-planétaire (« Solar Ethics ») amène un changement fondamental dans la manière de penser certaines questions extrêmement importantes en Éthique de l’environnement. Nous présenterons les trois principaux arguments avançant que l’Éthique de l’environnement doit se tourner aussi vers l’espace; suivis des réponses à trois objections majeures. Nous conclurons que ce changement de perspective est une nécessité, qu’il incombe à l’Éthique de l’environnement de reconnaître une obligation morale de soutenir l’exploration spatiale.

Références (en ordre de pertinence/importance) :

  • Schwartz, James S. J., « Our moral obligation to support space exploration »,Journal of Environmental Ethics 33, 2011, pp. 67-88.
  • Schwartz, James S. J. et Tony Milligan, ed., The Ethics of Space Exploration, Berlin: Springer, 2016, pp. 1-237.
  • « Conservation », dans Encyclopedia of Environmental Ethics and Philosophy, ed. J. Baird Callicott et Robert Frodeman, Gale Cengage Learning, Vol. 1, 2008, pp. 169-175.
  • « Preservation », dans Encyclopedia of Environmental Ethics and Philosophy, ed. J. Baird Callicott et Robert Frodeman, Gale Cengage Learning, Vol. 1, 2008, pp. 180-184.
  • Baum, Seth, « Cost-Benefit Analysis of Space Exploration: Some Ethical Considerations », dans Space Policy 25, 2009, pp. 75-80.
  • Sparrow, Robert, « The ethics of terraforming », dans Environmental Ethics 21, 1999, 3, pp. 227-245.
  • Rolston, Holmes, III, « The Preservation of Natural Value in the Solar System », dans Hargrove, Eugene C., ed., Beyond Spaceship Earth: Environmental Ethics and the Solar System, San Francisco: Sierra Club Books, 1986, pp. 140-182.
  • Peters, Michael A., et Ruyu Hung. « Solar Ethics: A New Paradigm for Environmental Ethics and Education? », dans Policy Futures in Education 7, 3, Juin 2009, pp. 321-29.