Descola et Husserl sur la pluralité ontologique : peut-on admettre des niveaux de rationalité?

Pascal-Olivier Dumas-Dubreuil

Samedi, Concordia – 10h à 10h45

L’approche ontologique est un courant qui fut, au cours des vingt dernières années, particulièrement estimé et étudié en anthropologie. Philippe Descola, avec la publication de son œuvre Par-delà nature et culture, s’est imposé comme l’un de ses principaux théoriciens. Toutefois, avant d’être anthropologique, son propos est, d’abord et avant tout, éminemment philosophique. Comme le titre-palimpseste le laisse entrevoir, sa démarche est homologue à celle qu’avait jadis entreprise Nietzsche alors qu’il dénonçait des préjugés profondément enracinés dans les mentalités de son époque.

Profondément influencé par la phénoménologie de Husserl, Descola critique l’opposition entre nature et culture qui naît d’une supposition selon laquelle il y aurait une nature devant être appréhendée, voire domptée, par la culture humaine. Déjà, la Grèce antique avait institué une phusis indissociable du nomos devant être compris par l’humain s’y dérobant. Cette distinction servira souvent à justifier, entre autres, la supériorité de la science occidentale moderne. Cette distinction largement répandue en occident est en fait une distinction d’ordre métaphysique qui s’inscrit dans les oppositions traditionnelles et hiérarchisées que Derrida souhaitait justement dépasser.

Grâce à un travail à la fois empirique et encyclopédique, Descola proposera un système proprement structuraliste au sein duquel coexistent quatre ontologies bien distinctes qui constituent autant de façons valides de concevoir le monde. Ce système comporte toutefois de graves conséquences épistémiques alors qu’il semble ouvrir la porte au relativisme. Mon but sera d’exposer en quoi l’approche ontologique répond au problème de l’opposition entre nature et culture sans toutefois sombrer dans le relativisme.