L’ennui jankélévitchien : maladie du temps détraqué

Arthur Desilets-Paquet

Samedi, Concordia – 15h30 à 16h15

La philosophie morale de Jankélévitch s’est longuement arrêtée sur divers types de pathologies comme le regret, le remords ou la nostalgie. Dans le cadre de notre présentation, nous nous pencherons sur son analyse importante de l’ennui présentée dans l’ouvrage L’aventure, l’ennui, le sérieux.

Loin d’être un phénomène marginal, l’ennui est protéiforme et extrêmement commun. On le retrouve bien entendu dans le spleen des jours gris ou dans la routine abrutissante du travail, mais aussi, et c’est ce qui nous intéresse particulièrement, là où rien ne le préfigurait. On peut s’ennuyer partout, en toutes circonstances. On peut s’ennuyer en voyage, dans un concert, en amour, etc. Il arrive même que là où l’on s’attend à parachever son bonheur, au moment où l’on pense toucher à la joie la plus complète, une déception sourd d’on ne sait où. Ce n’est que ça ? Comme si le bonheur longtemps convoité était en fait cruellement décevant et insuffisant. C’est le paradoxe qui ouvre l’étude de Jankélévitch sur l’ennui, ce qu’il appelle le malheur de la beauté parfaite.

Aiguillonnés par ce paradoxe, nous tenterons de reconstruire l’analyse jankélévitchienne qui présente la dynamique surprenante de l’ennui, mais surtout qui en révèle la signification à savoir que l’ennui n’est rien d’autre qu’une maladie du temps, d’un temps détraqué qui a perdu son sens. Ainsi, à travers le problème de l’ennui c’est la condition humaine et son articulation au temps qui seront, en dernière instance, problématisées.