Les effets performatifs des analyses foucaldiennes des formes antiques de connaissance de soi: la manifestation de la conception moderne de la connaissance de soi

Cassandre Bois

Samedi, Concordia – 10h à 10h45

De 1980 à 1984, Foucault poursuit un seul et même but, celui d’écrire une histoire de ce qui noue le sujet à la vérité. À l’encontre d’une certaine tradition philosophique, il suggère que le fil conducteur des rapports entre le sujet et la vérité dans l’Antiquité n’est pas la connaissance de soi, mais plutôt le souci de soi. Si Foucault destitue la connaissance de soi à titre de forme générale des rapports entre sujet et vérité, celle-ci ne disparaît pas pour autant de ses analyses. En fait, elle y est chaque fois associée et subordonnée à certaines formes du souci de soi.

Dans cette communication, nous nous intéresserons aux descriptions foucaldiennes des formes antiques de connaissance de soi, et nous montrerons que ces analyses ont le mérite de révéler le propre de la conception moderne de la connaissance de soi, qui tient lieu aujourd’hui de paradigme. Nous suggérerons que la connaissance de l’âme, propre à la philosophie platonicienne, ainsi que la connaissance ponctuelle de soi et la connaissance gnomique – associées toutes deux à la période hellénistique et romaine – ne sont pas réductibles à ce que Foucault appelle l’« objectivation de soi », à savoir la forme d’appréhension du soi caractérisant la connaissance de soi moderne.

D’abord, nous décrirons les formes antiques de connaissance de soi à partir de la thématisation qu’en fait Foucault. Nous montrerons ensuite comment elles sont irréductibles à une objectivation de soi que nous allons, en dernière analyse, relier à la connaissance de soi moderne. Pour ce faire, nous nous appuierons sur son cours de 1981-1982, L’herméneutique de soi, sur ses séries de conférences Dire vrai sur soi-même et L’origine de l’herméneutique de soi, et finalement sur le dernier tome de son Histoire de la sexualité, « Les aveux de la chair ».