Pourquoi (et comment) étudier les réseaux en philosophie moderne ?

Babette Chabout-Combaz

Dimanche, UdeM – 15h30 à 16h15

Si les Digital Studies gagnent du terrain dans les sciences sociales, il apparaît pourtant qu’en philosophie, elles restent marginales. Serait-ce que la philosophie est plus conservatrice dans ses méthodes que les autres disciplines ? Ou bien que les philosophes ne voient d’autre potentiel que celui de l’étude logique des réseaux ? C’est probablement en philosophie moderne que l’étude des réseaux de correspondance (circonscrivant ainsi la « République des Lettres ») donne les premiers résultats les plus concluants en matière de Digital Humanities. A partir de l’étude de plusieurs réseaux de correspondances (Francis Bacon, René Descartes, Gottfried Wilhelm Leibniz), j’aimerais montrer le potentiel épistémologique de leur étude : l’utilisation de méthodes formelles, les conséquences de la correspondance sur le mode de production du savoir, le « mode » cognitif du philosophe pensant « par » lettres. Les correspondances ne sont pas seulement l’un des lieux privilégiés de la fondation des traités et œuvres publiées, elles en sont souvent le dépassement et, en traitant de sujets parallèles, ouvrent de nouvelles pistes de recherche. L’activité épistolaire elle-même n’est pas tant un devoir de communication ou d’entretien de ses relations qu’une activité productrice de savoir, l’occasion pour le/la philosophe de tester ses idées, de s’engager dans des polémiques aux enjeux tout autant heuristiques que politiques et théologiques et de penser avec et « par » l’autre. Loin d’entrecouper la pensée philosophique, la lettre est la trace de la pensée en train de se faire.