Prométhée ou Orphée ? L’histoire de l’idée de nature selon Pierre Hadot

Nicolas Comtois

Dimanche, UdeM – 14h30 à 15h15

Pierre Hadot est connu pour avoir proposé une redéfinition de la philosophie antique. Plutôt qu’une recherche d’ordre conceptuel, celle-ci aurait constitué, selon lui, une « manière de vivre ». Cette perspective a exercé une influence, notamment, sur Michel Foucault, qui a parlé de la philosophie en termes de « souci de soi ». On connaît moins, cependant, les réflexions théoriques de Hadot au sujet de l’interprétation et la manière dont il a mis ces idées en pratique dans son travail d’historien. Nous expliquerons dans notre exposé en quoi consiste le concept de contresens créateur et nous verrons comment Hadot applique celui-ci à l’histoire de l’idée de nature dans un ouvrage tardif : Le Voile d’Isis. Nous montrerons d’abord la manière dont, dans Le Voile d’Isis, la notion de contresens créateur acquiert un caractère opératoire. Toute l’histoire de l’idée de nature peut être envisagée, du point de vue de Hadot, comme une suite de contresens dans l’interprétation d’un adage d’Héraclite : « Phusis kruptesthai philei (la nature aime à se cacher). » Nous nous arrêterons ensuite au concept d’attitude existentielle. Une conception déterminée du rapport de l’homme à la nature, souligne Hadot, peut susciter des choix éthiques divergents. La notion selon laquelle la nature détiendrait des secrets, par exemple, peut se traduire dans une attitude « prométhéenne », cherchant à connaître et à exploiter les ressources de la nature pour le bien des autres hommes, ou dans une attitude « orphique », décidée à en reconnaître et à en célébrer le mystère par le biais de l’art. Il apparaîtra que non seulement Hadot propose à son lecteur une interprétation originale de l’histoire de l’idée de nature, mais qu’il l’exhorte du même coup à choisir quelle attitude il prendra lui-même vis-à-vis de la nature.