Qu’est-ce qu’un constructivisme humien peut dire sur la question animale ?

Guillaume Soucy

Samedi, Concordia – 11h à 11h45

Dans son plus récent ouvrage Fellow creatures : our obligations to the other animals, Christine Korsgaard présente ses arguments en faveur de droits pour les animaux non-humains. L’auteure principalement reconnue pour son interprétation constructiviste de l’éthique de Kant y défend, contrairement aux conceptions classiques de la philosophie kantienne, que les êtres humains seraient en fait obligés de traiter les animaux sensibles comme des fins en soi – ce à tout le moins dans un des sens de la notion. Dans Fellow creatures, Korsgaard réitère en effet son engagement envers la thèse selon laquelle toute chose a de la valeur pour quelqu’un, mais entreprend d’y démontrer qu’une telle chose impliquerait alors que toute créature sensible devrait se voir reconnaître un droit à ce qui est bon pour elle. La philosophe semble ainsi présenter une pensée attrayante à la fois pour ceux voulant éviter les implications métaphysiques d’un réalisme moral, mais cherchant toutefois à justifier de façon directe nos obligations morales envers les animaux non-humains. Cependant, une analyse critique de la démarche de Korsgaard n’est pas sans soulever un nombre important de questions. Pour des auteurs comme Sharon Street et Étienne Brown, la méthode korsgaardienne peut être interprétée comme dépassant largement ce que permet une théorie constructiviste conséquente. Suivant cette analyse, cette présentation tentera de démontrer que, bien que les critiques de Street et de Brown s’appliquent à des travaux antérieurs de Korsgaard, la démarche qu’emploie la philosophe dans son ouvrage semble toujours impliquer les mêmes présupposés favorables envers la valeur intrinsèque de certains principes normatifs. Un nouveau problème devra ensuite être abordé : s’il est vrai que la pensée de Christine Korsgaard puisse être considéré comme dépassant ce que permet une théorie constructiviste conséquente, devrions-nous alors opter pour une version humienne du constructivisme tel que le suggère Sharon Street et Jocelyn Maclure?