Vie mutilée, Gorille hurlant: Le théâtre de la nature meurtrie de Sleepytime Gorilla Museum

Gabriel Toupin

Dimanche, UdeM – 11h à 11h30

Notre conférence aura pour but d’expliciter la pertinence et la portée du projet musical Sleepytime Gorilla Museum (SGM) à l’aune de la philosophie de Theodor W. Adorno et de Walter Benjamin. Groupe de rock expérimental californien actif de 1999 à 2011, les influences multiples du groupe – l’art dadaïste, futuriste, la musique atonale, noise et heavy métal – révèlent à quel point ce projet ne saurait être pleinement saisi uniquement par une approche esthétisante de l’art. Une interprétation philosophique de ce projet est dès lors essentielle pour qui veut « compléter » l’œuvre d’art (Benjamin, 1985, p.249).

Avec son style brut et primitif, SGM propose un portrait criant d’une réalité humaine réduite à l’animalité – à l’instar du drame baroque allemand pour Benjamin –; la nature, mutilée et détruite, ne s’exprime plus alors que d’une seule manière : dans la plainte. Au lieu de produire un manifeste critique explicite sur cette vie fausse, SGM préfère au contraire montrer cette vie sous la forme d’un facies hippocratica : douloureux, imparfait et pleins de contradictions (Benjamin, 1985, p.227).

Pareille description nous laisserait donc croire que SGM serait le digne successeur d’artistes tels que Kafka, Beckett ou Schönberg. Cependant, avec sa sonorité « primitive », son éloge de la nature – ou plus encore, ses allusions tordues au manifeste Unabomber –, SGM pourrait tout autant être une œuvre d’art accomplie que la célébration de la mentalité fasciste.

Devant ces ambiguïtés et ces tensions, notre présentation se propose donc de faire l’analyse conceptuelle du projet de SGM : par l’herméneutique de leurs textes de chansons, de leur musique et de leurs revendications, nous serons alors plus à même de comprendre ce qui se trame dans le théâtre tordu de SGM.

Benjamin, W. (1985). Origine du drame baroque allemand, Paris, Flammarion.